En juin 2018, une étude titrée “Entre discrimination et processus de légitimation” est réalisée pour Kouraj, sur les représentations sociales et la méconnaissance des droits des LGBTI en Haïti.

Cette étude  adresse la problématique du genre dans une dynamique d’avancée et de recul sur les droits de la personne. Avancée dans le sens de la visibilité des problèmes sociaux et de l’affirmation du corps et des choix sexuels des individus, à travers les différentes associations et organismes de défense des droits humains. En termes de retrait, on trouve au premier rang la difficulté d’un plaidoyer pour un  changement du cadre légal et juridique qui entrave ce volet des droits humains. Il y a aussi une série de discriminations et de violations basées sur le genre, jusqu’à l’exclusion sociale.

Cette étude  prend en compte des notions qui forment le corpus théorique des représentations sociales, dont  le mouvement identitaire et des droits identitaires, à la lumière de la réappropriation du corps qui redéfinit les relations sociales. La méthodologie utilisée dans cette recherche prend en compte différentes phases. Cette étude est réalisée sur un échantillonnage  de cinq (5) départements géographiques du pays: le Nord, l’Ouest, le Sud, le Sud-Ouest et l’Artibonite, et elle s’inscrit dans une recherche qualitative. 

La présentation sociodémographique de l’univers d’étude est répartie par sexe, tranche d’âge, département, et par activité socio-professionnelle. La répartition de l’univers d’étude est de 68% d’hommes et 32% de femmes. La population la plus élevée, suivant la tranche d’âge, est celle de 20-25, et 25-30 ans. L’univers d’étude est donc largement dominé par une catégorie de jeunes. Il est important de noter que 81% de l’échantillon est de confession chrétienne.

Les recherches montrent la prédominance des droits civils et politiques comme catégories des droits humains, se référant à la liberté d’expression et de parole, le droit de participation et le droit électoral sur le volet des droits spécifiques et catégoriels des droits humains,  comme celle liée aux minorités sexuelles.

Ce qui traduit  la méconnaissance des  droits de la communauté M en Haïti, d’où l’absence totale de l’effectivité de ces droits. Cette étude avait le souci de comprendre l’homosexualité haïtienne en corrélation avec plusieurs thèmes dont   la présence des étrangers.  70% des personnes interrogées affirment que la présence des étrangers n’a rien avoir avec cette pratique, puisque celle-ci dépasse les questions de race et de couleur.    

L’étude met aussi l’emphase sur le regard social par rapport à la communauté LGBTI en Haïti et la relation institutionnelle entre l’Etat et les différentes organisations LGBTI. Il en ressort que les violences symboliques et les violences physiques se manifestent par  des propos discriminants comme : « masisi sal, Sodome et Gomorrhe, chichi man, kase lezo».  Cela traduit  à la fois la discrimination, la stigmatisation et les préjugés à l’égard de cette communauté.  Néanmoins, la discrimination est plus dure et sévère à l’égard des gays, et porte moins sur les lesbiennes. Cela pourrait être expliqué par une forme de représentation sociale machiste qui considère la femme comme moyen de jouissance et de plaisir.

La représentation sociale de la communauté LGBTI en Haïti peut se faire sous plusieurs angles, selon les catégories représentées dans la recherche: Chez les universitaires, les professionnelles, journalistes et les artistes ou plutôt comme une manière d’aimer, un mode de vie, un péché, les effets des loas, une maladie mentale, une orientation déviante.Même si le milieu universitaire est plus ouvert et plus réceptif, tolérant à la diversité sexuelle et à l’égard de la communauté, il considère lui aussi que c’est un effet de mode.

Dans la réalité culturelle haïtienne, les milieux vodouisants sont encore plus tolérants. Ils acceptent l’homosexualité que les autres croyances judéo-chrétiennes fustigent de manière catégorique. C’est dans des focus group que les participants ont évoqué cette tolérance. Les membres de la communauté M se disent plus confortables et se sentent plus à l’aise dans un temple vodou ( lakou ou peristil) ou dans les cérémonies vodou. La discrimination et l’homophobie sont loin d’être des éléments structurant de ces espaces sociaux. 

L’homosexualité a été perçue aussi comme une orientation déviante par rapport aux normes sociales naturalistes. 

Une partie de l’étude consacre aussi  une analyse à la structuration des organisations, leur mode de prise position et leur structuration. C’est grâce aux focus groups que l’on comprend que le coming-out n’est pas facile et qu’il laisse des cicatrices au niveau de la famille allant même jusqu’à la rupture. Les organismes LGBT est récente et que malgré quelques faiblesses institutionnelles et organisationnelles, ces organisations ont fait des avancées. Leur présence est également un levier du processus de légitimation au sein de la société haïtienne, et comme catégorie sociale ayant des droits et devoirs au respect des valeurs républicaines et démocratiques. 

 Lire l’intégralité de l’étude 

https://docs.wixstatic.com/ugd/1ade23_9559b1997c9c448f969a454dc8ae269a.pdf

 

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