Pourquoi un tel rejet de l’évènement ? C’est la question qu’il se pose, et à laquelle il tente de répondre. Selon lui, Masisi et Madivin

« n’ayant jamais été des mots doux en Haïti, accoler ces deux injures et en faire une bannière avaient tout pour provoquer un tollé ». C’est ce qui s’est passé. Mais, fin observateur de la vie

2016 est une année mouvementée pour la communauté M d’Haïti. C’est l’année du festival Massimadi, avorté pour des raisons diverses. En pleine période électorale, car il fallait renouveler le parlement et élire un président, l’association Kouraj a voulu tenter l’inédit. Organiser quatre jours d’activités, dédiés à promouvoir et faire avancer les droits des personnes LGBTI dans le pays.

Les réactions négatives étaient légions. Les menaces et les violences physiques étaient nombreuses. Pour éviter le pire, les organisateurs ont décidé d’annuler l’édition.

La controverse autour de Massimadi a fait couler de l’encre, tant du côté des partisans que des détracteurs de l’évènement.

Marcus Gracia, à l’époque ministre de la culture et de la communication, a sorti un éditorial dans lequel il rejette d’un revers de main les discours qui font croire que les homosexuels étaient persécutés en Haïti. Jamais il n’a été question de persécution, de facto ni de jure, de fait ni en droit, contre les homos en Haïti », dit-il. « À écouter le débat qui semble devoir faire rage cette semaine à Port-au-Prince, la communauté LGBT Haïti ferait partie des pays où les homos courent le plus grave danger alors que c’est celui de toute la Caraïbe où ils ont toujours été les plus protégés. Et tout naturellement. Alors qu’elle n’a jamais eu besoin d’avoir peur, aujourd’hui c’est l’homosexualité qui fait peur ! Alors qu’elle n’avait jamais scandalisé, c’est elle aujourd’hui qui crée le scandale », poursuit l’éditorialiste de Mélodie FM.

L’ancien ministre questionne l’appellation du festival qu’il assimile à une volonté des organisateurs de choquer. Selon Marcus Gracia, les homosexuels utilisaient les mêmes techniques que leurs ennemis de toujours « les sectes protestantes ». D’après lui, ce n’était plus de la vraie démocratie, c’était une démocratie que les homos voulaient forcer dans la gorge de la

« majorité […] qui peut avoir elle aussi peur que les homos ne prennent avantage d’une éventuelle avancée, pour imposer leurs vues (mariage pour tous, etc.) au reste de la société. »

De son côté, Frantz Duval, éditorialiste au Nouvelliste et Rédacteur en chef de ce journal, constate que le sujet du festival a remplacé tous les autres débats, tant sur les présidentielles américaines que sur les élections nationales, qui auraient dû avoir lieu quelques jours plus tard.

Pourquoi un tel rejet de l’évènement ? C’est la question qu’il se pose, et à laquelle il tente de répondre. Selon lui, Masisi et Madivin « n’ayant jamais été des mots doux en Haïti, accoler ces deux injures et en faire une bannière avaient tout pour provoquer un tollé ». C’est ce qui s’est passé. Mais, fin observateur de la vie nationale, Duval croit que ce n’est que partie remise. « L’histoire, ici et ailleurs, nous enseigne que fermer des aspirations dans le placard, freiner les instincts naturels, bâillonner les comportements contraires aux nôtres n’ont jamais empêché la marche de l’histoire », écrit-il comme pour annoncer des polémiques futures.

Comme le droit à la diversité, la différence, et à la libre expression, sont des valeurs de base de la démocratie, Widlore Mérancourt, éditorialiste à Ayibopost, média en ligne, estime que la démocratie haïtienne a échoué au test.

« Massimadi se devait d’abord d’être un festival artistique, on l’a trouvé dérangeant, nocif. Il s’agit là d’une atteinte inouïe à la démocratie dont les monstrueuses conséquences se multiplient à l’infini », écrit Mérancourt.

Il n’est pas simple d’aborder le thème, même en dehors du festival constate l’éditorialiste.

« Ceux qui en Haïti se risquent à aborder ces sujets sont au mieux traités de vendus à une idéologie importée, au pire, de militants à leur propre cause, des homos du dimanche, débauchés qui réclament le droit de se donner en spectacle sur les places et de convoler sur les bancs sacrés de l’Église », lâche-t-il.

A la base du problème, Widlore Mérancourt estime qu’il y a une

« exécration des vérités objectives »,

c’est-à-dire

« toute vérité dont la validité dépasse les chapelles idéologiques et les officines religieuses. »

Alors il faut un changement de paradigme. Il faut refouler le religieux dans les sphères intimes, et redonner droit de cité à l’objectivité et la recherche.

Dans un autre texte, encore publié par Ayibopost, Étant Dupain, adresse une tirade au vitriol au sénateur Jean Renel Sénatus, principal détracteur de Massimadi. Dupain ne mâche ni ses mots ni ses insultes. « L’hypocrisie de ces prétendus moralistes chrétiens n’ont pas leur place dans la société laïque et démocratique à laquelle nous aspirons », dit-il. « Toute agression envers un homosexuel sera imputable au sénateur Jean Renel Sénatus, car il incite à la violence, tandis que toute minorité oppressée aurait de préférence dû être protégée » poursuit-il.

Il finit en adressant un message clair à l’élu de la république

« si vous êtes un vrai moraliste, regardez devant vous, ne regardez pas derrière, car on pourrait croire que vous êtes encore au placard. »

Jean Renel Sénatus, en raison de son implication dans la campagne pour interdire le festival Massimadi, a été une cible privilégiée des éditorialistes. En bon mousquetaire de la moralité, comme l’affirme un texte publié sur Loop, avant l’annulation, Senatus et Danton Léger, son camarade de bataille sur ce sujet, ont tout fait pour réussir leur mission.

Les deux hommes, dit l’article, se basent sur l’article 259 de la Constitution, qui établit la famille comme base fondamentale de la société, méritant protection. Mais se questionne l’auteur, ou sont les deux compères quand il s’agit de parler des Restavek, du viol conjugal, du viol tout court ?

« L’orientation sexuelle et le choix d’un partenaire de vie est sans conteste le « danger » le plus insignifiant qui guette l’équilibre de la famille haïtienne de nos jours. » lit-on. Massimadi n’est qu’un festival qui dure 4 jours. Mais les personnes LGBTI vivent 365 jours par année, 24/24, 7/7 avec cette pression sociale qui les exclut, qui les juge, les punit, les rejette et les brime de leur liberté individuelle et sociale», poursuit le texte.

La Bible a été l’autre arme de combat du sénateur et du commissaire du gouvernement. Mais, se questionne Loop, “ou étaient-ils lorsque le pape François, après un massacre dans un bar gay de Floride, a assuré que l’Église devait des excuses aux homosexuels […] pour ne pas avoir accompagné tant de déchirures ?”

Les deux compères cautionnent l’anarchie et la violence, au détriment de la liberté et de la paix, finit l’auteur du texte.

Certaines personnes, pro-festival, ont pourtant eu quelques désaccords avec la manière dont ont été gérées les tensions par l’association Kouraj, notamment par Charlot Jeudy, son président. Dans une publication signée M. D., l’auteur estime que le festival avait ses bons côtés. Il aurait pu montrer à la communauté que les homosexuels étaient aussi des gens bourrés de talent, et dignes d’exercer leurs droits.

Mais, croit M.D., le leader de l’association n’a pas su adapter son discours aux différentes oppositions auxquelles il faisait face. Il ne sensibilisait pas, mais ajoutait plutôt de l’huile sur le feu. Mais, comme la communauté homosexuelle du pays est un riche vivier de talents, MD estime qu’ils doivent s’imposer par l’éducation.

« Nous devons venir à bout des clichés qui font croire que nous ne pouvons évoluer que dans les domaines de la mode, de l’esthétique, et des arts. Ces domaines ne nous permettent pas de nous défendre dans un cadre juridique ». La stratégie est donc d’infiltrer les secteurs clés du pays, comme la classe économique ou la politique.

Mais, selon Kathleen Desravines, dans les colonnes de Rezo Nodwes, le festival Massimadi était inopportun et faisait fi de la réalité sociale haïtienne. Les mœurs ne changent pas aussi facilement croit-elle. L’annonce même du festival laissait perplexe, et son financement étranger a contribué à le saboter. Pour autant, Massimadi ne devrait pas occulter les autres problèmes qui “corrompent” réellement la jeunesse. Ce sont la misère, le désespoir de ne pas manger à sa faim, l’avenir sombre dont elle hérite, qui devraient mobiliser l’attention.

De plus, poursuit Kathleen, la tentation d’utiliser des textes de lois seulement dans le but de “bâillonner un groupe” doit susciter la vigilance de la société, au risque de la voir se retourner contre elle. “Faire valoir son refus en fonction de ses croyances personnelles, religieuses ne donnent nullement le droit à un élu de s’approprier de textes de lois pour les besoins de sa cause et manipuler l’opinion publique!” assure-t-elle.

Au final, le festival Massimadi n’a jamais eu lieu, ou du moins pas publiquement. Mais pour des années encore, le débat sur l’homosexualité dans le pays ne disparaîtra pas. Comme l’a dit Frantz Duval dans son éditorial,

« on éteint une manifestation du droit à la différence, mais on ne règle pas la question. La tolérance et l’éducation ne sortent pas grandies de cette affaire et qui sait ce qui se passera sous le drap gonflé de menaces qui recouvre les droits des LGBTI haïtiens? ».

Leave a Reply