Le 24 mars 2016, une coalition d’organisations dont Kouraj, l’association pour la lutte contre l’homophobie  (APLCH) , et Gran Lakou ont soumis au  Conseil des Droits Humains des Nations Unies un rapport sur les violations des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées en Haïti. Ce rapport, approuvé notamment par le Bureau des Avocats Internationaux et deux autres organisations, a été soumis à la 26e session du groupe de travail sur l’examen périodique universel. 

Le rapport adresse la problématique des droits des LGBTI liée aux discriminations et aux stigmatisations dont ils sont victimes,  que ce soit par la population haïtienne, dans sa grande majorité toujours hostile à leur égard, ou les autorités haïtiennes qui  n’ont vraiment rien fait pour protéger et garantir leurs droits. 

Dans la bouche de beaucoup d’Haïtiens, s’identifier aux LGBTI est une insulte qui résonne à longueur de journée dans les rues, les médias, sans aucune gêne. Les Haïtiens utilisent les mots « masisi » et « madivin » pour désigner de manière péjorative les homosexuels. Des mots dont les gays eux-mêmes se sont appropriés car ils refusent de les abandonner aux homophobes. Du coup, ils revendiquent l’existence en Haïti de la « communauté M ».

Ces organisations font ressortir les obligations de l’Etat de se conformer aux conventions internationales pour protéger les personnes LGBTI dans l’application scrupuleuse de la déclaration universelle des droits des l’hommes, et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissant les droits de non-discrimination. Elles signalent également l’absence de législation nationale spécifique  pénale et civile, pouvant protéger et garantir les droits des personnes LGBTI, malgré les engagements du pays dans la promotion des droits de l’homme.

En ce qui a trait à la promotion et la protection des droits humains en Haïti, le rapport fait un survol des motifs et des actes, de 2013 à 2016, qui empêchent l’effectivité de ces droits. Il s’agit notamment des efforts visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne , la situation de pauvreté et de misère, le silence des familles et des autorités, la prédominance des religions chrétiennes qui expriment leur intolérance qui  vire à  l’extrémisme, et dont le point culminant a été une manifestation homophobe en 2013. Des actes de violence verbale et physique y ont été perpétrés.

 Mais malgré le remue-ménage que ces manifestations ont engendré, Charlot Jeudy (*), président de Kouraj, assure que “la plupart des pasteurs ou leaders qui ont pris part à cette manifestation” ne faisaient que mentir et qu’ils allaient “à l’encontre des prescrits de la Constitution qui, en son article 18 de la Constitution, garantit la protection et la jouissance des droits de la personne humaine.” 

Des actes de vandalisme contre la communauté homosexuelle sont monnaie courante. Le 21 novembre 2014, des hommes armés ont attaqué le local de Kouraj, agressant physiquement deux personnes qui s’y trouvaient. Les fiches personnelles des membres de l’association avaient aussi été emportées, ce qui faisait craindre le pire.

Le rapport donne la parole à des homosexuels également, dont Prince*, un étudiant en droit de 27 ans, « fier d’être gay » et qui continue à pratiquer sa religion. « À l’église, on dit que les homosexuels sont le diable, et qu’ils sont même responsables du séisme ! » témoigne-t-il. Face à la pression sociale, mener une double vie est la norme pour les homosexuels haïtiens. “Un dilemme identitaire d’autant plus profond que les jeunes sont, pour la plupart, très croyants, et confrontés au quotidien à la haine des prêches homophobes”, lit-on dans le rapport.

Eu égard à l’intolérance et aux violences auxquelles ils font face, beaucoup de jeunes homos envisagent l’exil. « Si je trouve un moyen de partir à l’étranger, si un pays m’offre la possibilité, je pars, affirme un autre gay appelé Richard. Sans l’ombre d’un doute. Haïti n’est pas un État responsable. Ça ne me rend pas triste car un pays qui encourage la violence est un pays où personne ne devrait vivre.» 

Les gays et lesbiennes luttent pour la reconnaissance et le respect de leurs droits dans les institutions publiques, privées, les associations, les églises etc. Mais ils ne s’affirment pas. Pour se départir des hostilités sociales, ils se rencontrent, construisent des « cartels ». 

En politique aussi, les homosexuels ne sont pas pris en compte. A l’occasion de la campagne électorale des élections législatives et présidentielles de 2015, la majorité des candidats à la présidence se sont prononcés contre l’homosexualité et le mariage pour tous en Haïti. Leur « non » est catégorique. « Pas de mariage pour tous ». 

L’homophobie a des effets dévastateurs. Pour Charlot Jeudy, être homosexuel en Haïti rime avec peur, marronnage et exclusion: “Comme la famille souvent ne nous accepte pas, est déçue de nous, nous sentons cette déception et ce sentiment, nous le vivons.”

Le document finit par une série de questions et de recommandations au gouvernement sur comment appliquer les prescrits constitutionnels pour la protection du droit à la vie et la dignité des personnes LGBTI , sans discrimination, dans l’élaboration des textes de lois en conformité aux conventions et accords internationaux, signés et ratifiés par l’Etat haïtien.

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