Des Hommes et des Dieux, sorti en 2002,  est le premier film documentaire  centré  sur la communauté M d’Haïti. Il met en scène, entre autres, un groupe de six homosexuels dont des travestis, vaudouisants. Il plonge le spectateur dans un paysage pittoresque, une nature symbolique dans laquelle ce groupe, marqué par la marginalisation, se met en quête de reconnaissance à travers des témoignages de leur vie. Ils expriment leurs inquiétudes et présentent l’immense solitude dans laquelle leur singularité les plonge, dans un pays où l’on nie l’homosexualité. 

Ce documentaire à caractère ethnographique montre comment l’évocation de l’homosexualité, et plus encore du travestissement, reste tabou.  Le vodou devient alors un espace libérateur, un lieu d’expression où chacun, quelle que soit son orientation sexuelle peut trouver protection et réconfort. Grâce à des personnages sensibles et attachants, le spectateur progresse peu à peu dans un monde spirituel complexe et fascinant. “Ce film novateur est le premier du genre à lier ces deux sujets sensibles et résolument actuels”, a commenté la boîte de production du film, Digital LM.

 

Ce projet avant-gardiste pour l’époque est né dans les années 2000, de la rencontre de l’anthropologue franco-haïtienne, Anne Lescot et de la cinéaste  Laurence Magloire qui revenait dans le pays après 30 années d’exil. Le tournage du film a duré une année, selon Laurence Magloire. Le montage a pris une année supplémentaire. Il a été projeté pour la première fois en Haïti  , un soir d’octobre au Kiosque Occide Jeanty, à l’occasion du deuxième Forum multiculturel d’art contemporain. 

20 ans après sa rencontre avec Anne Lescot, Laurence Magloire dévoile que très jeune elle a été interpellée par ce thème à l’école au Côte d’Ivoire, où elle vivait avec sa famille exilée du pays sous le régime des Duvalier. 

Anne et elle ont parcouru pendant des mois les pèlerinages du pays, à la recherche de personnages  qui voulaient participer à leur projet. De la réalisation de ce film, Anne  est sortie avec une thèse sur les recherches qu’elle était venue  effectuer  sur  l’expression du féminin et du masculin dans le vaudou.

La Fondatrice de la fondation AfricAmericA, Barbara Prezeau Stephenson, a été témoin de la première sortie du film. La fondation était aussi la première plateforme de diffusion de Des hommes et des Dieux en Haïti. Dans un article, elle a  décrit l’atmosphère du jeudi 3 octobre 2002, la grande première du film. D’après elle, “l’ambiance goguenarde, volontiers grivoise et bon enfant, caractéristique du « Champs de Mars », était ce soir-là à son paroxysme.” Au début de la projection, il y avait beaucoup d’injures lancées par la foule. Puis, après le choc des premiers témoignages à la dynamite « de la bande à Blondine », les six travestis de la localité de Cabaret,  “l’excitation, muée en attention, s’est métamorphosée peu à peu en désir de compréhension”, commente Barbara  Prezeau Stephenson.

Pour elle, le pari était gagné. Haïti venait de vivre un instant rare de tolérance, de respect de la parole, de droit à la différence. Elle croit aussi que la contribution d’Erol Josué, l’un des acteurs, a été capitale.  Avec brio, seul sur l’écran, il a imposé le respect à trois mille spectateurs émus par le groupe d’acteurs qui livraient leurs déboires, leurs joies et leur souffrance d’être « nés » femmes dans un corps d’homme. Ils étaient exclus, en plus de  leur misère, et se demandaient est-ce que c’était la faute des dieux ? 

Au terme des 52 minutes, c’est un public bouleversé qui applaudissait sous le ciel de Port-au-Prince, note Barbara Prezeau Stephenson. D’après elle, « Des hommes et des dieux » s’était acquitté de sa tâche par l’humanisme de son approche, parce que Anne Lescot et Laurence Magloire avaient choisi de s’effacer derrière la caméra, de laisser parler, de laisser couler … comme l’eau cristalline de la rivière, ultime image sur laquelle se tait le film. Voilà une œuvre haïtienne qui aura une longue vie, conclut Barbara Prezeau Stephenson.

Mais les controverses soulevées par le film ont fini par avoir raison de l’oeuvre. De condamnations en rejets systématiques, Des hommes et des Dieux a connu le sort réservé à toute oeuvre provocatrice: le rejet, la circulation confidentielle, voir la clandestinité, lit-on dans le journal Le Quotidien le 11 septembre 2003. Pour certains, ce film tentait de jeter le discrédit sur le vaudou, pour d’autres il faisait l’éloge de pratiques pernicieuses.

7 jours après la projection au Champ-de-Mars, Alix Cayot Dessources publie dans les colonnes du Nouvelliste une critique acerbe dans laquelle il blâme les réalisatrices pour le film qu’il qualifie de hideux et odieux. Selon lui, le décor du film exprimait la répugnance morale et sociale.  Les acteurs étaient à ses yeux des travestis triés dans les bas fonds de la société. 

Le film, croit-il, causait du tort aux vodouisants et au pays. Les réalisatrices se servaient de ce thème sulfureux pour détruire leur culture. Même s’il reconnaît que le film était excellent du point de vue technique, il a traité Anne Lescot et Laurence Magloire d’hypocrites et d’irresponsables pour n’avoir pas abordé l’homosexualité dans les religions chrétiennes.

 

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Le titre de son article est “De Lescot à Lescot, la petite fille sur les traces de son grand-père”. Il liait ainsi la campagne anti-superstitieuse qui s’est achevée sous la présidence d’Elie Lescot, définie comme une offensive anti-vodou , au film d’Anne Lescot qui selon lui a les mêmes objectifs. Alix Cayot termine son opinion par cette phrase: “En chaque haïtien sommeille un vodouisant par contre dans le sang d’Anne Lescot coule la tare familiale”. 

Dans un article de la Presse, Laurence Magloire, l’homosexualité tabou à Haïti, la réalisatrice revient sur le sujet de l’homosexualité taboue. Selon elle, bon nombre d’homosexuels se cachent derrière une femme et des enfants. Au dire de la cinéaste, la répression dont sont victimes les homosexuels en Haïti viendrait d’abord des religions chrétiennes et le vaudou au contraire accueille sans distinction, homosexuels compris.

Elle a insisté pour dire que ce n’était pas un film sur le vaudou mais sur des homosexuels vaudouisants pour la plupart, qui s’expriment. C’est un film sur la tolérance, plaide Laurence Magloire, pour aider à accepter ceux qui sont différents.

En mars 2003, Des hommes et des dieux a été projeté au programme de cinéma parallèle de Montréal (Ex Centris). Il était accompagné d’un film mexicain, Juchitan des folles, qui partageait la même thématique: l’homosexualité. 

Voici les mots de Luc Perreault, du journal canadien La presse, qui en parle: “À Haïti ou à Juchitan au Mexique, il est plus ou moins facile d’être homo. Pour poser la question commune à ces deux documentaires: Naît-on homo? Dans des Hommes et des Dieux, la question de l’homosexualité paraît fortement liée au vaudou. Pour justifier leur orientation sexuelle, les protagonistes du film en attribuent la responsabilité à l’esprit (Loa) qui les possède, Erzulie Dantòr, notamment. Par contre, Fritzner, houngan,  le seul homo masculin du film explique comment il vit  sa différence en n’attribuant pas son homosexualité à la déesse (Loa)  qu’il sert.”

Le 10 novembre 2003, les deux réalisatrices ont reçu une lettre d’Hélène et Anthony Phelps, pour les féliciter d’avoir osé donner la parole a des gens doublement marginaux. Ils félicitent les cinéastes qui ont pu convaincre les acteurs de se dire eux-mêmes en toute confiance et liberté.  Selon eux, le vaudou qui traverse toutes ces narrations n’est que naturel parce que cette croyance religieuse imprègne l’imaginaire haïtien. Les loas appartiennent à ceux qui les servent.

Des Hommes et des Dieux a été présenté dans plus de 90 festivals à travers le monde et a reçu trois distinctions, notamment le Prix du documentaire faisant le mieux avancer les mentalités du Nord, au Festival de Vues d’Afrique de Montréal en avril 2002.

André Lavoie du journal Le Devoir  pense que  dans les ornières du documentaire,  les protagonistes, aussi courageux que généreux inspirent la dignité, forcent l’admiration et tout cela avec un humour dévastateur.  Denis, Blondine et les autres, entre la peur du sida, la solitude et des aventures discrètes, sont tous partis vers d’autres soleils, hormis Jean-Marcel, encore en vie, dévoile Laurence Magloire.


Pour aller plus loin

https://vimeo.com/ondemand/ofmenandgodshttp://africultures.com/films/?no=850

 

 

3 Comments

Bradley Cooperreply
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